Ne faut-il pas financer autrement notre Sécurité Sociale ?
Actuellement, notre Sécurité Sociale est presqu’exclusivement financée par les cotisations prélevées sur les rémunérations des salariés et indépendants. On en arrive d’ailleurs à une situation au le salaire net perçu par le travailleur est inférieur aux sommes versées au précompte professionnel et à l’ONSS et, bien souvent, une augmentation de 1 euro du net coûte 3 euros à l’employeur.
Cette situation, héritée du passé, a pour effet de faire monter notre coût salarial horaire réel (nombre d’heures productives / coût annuel total) à un niveau tel que bon nombre d’entreprises délocalisent ou ferment. Ainsi, comme nous l’avons vu dans un précédent numéro, une petite rémunération de 1.350 euros par mois peut générer un coût horaire de 50 euros/heure !
Nos dirigeants, poussés notamment par l’Organisation Mondiale du Commerce, ayant aboli la plupart des barrières à la libre circulation des biens et services, nous nous trouvons dans une situation dans laquelle nos entreprises ne pourront que disparaître avec l’effet désastreux que cela aura sur l’emploi…. Comment pouvons-nous concurrencer un employé Tunisien qui coûte entre 300 et 500 euros par mois, soit à peine 10 % de son homologue chez nous ?
Cet écart de coût commence d’ailleurs à toucher de plus en plus de secteurs et on commence même à voir de plus en plus d’entreprises qui délocalisent leurs services administratifs, dont la comptabilité, ce qui, avec l’évolution de l’informatique (GED, virtualisation, accès distants, SaaS, …) ne pose plus de problèmes…
Si on souhaite éviter la catastrophe, il est donc plus que temps de changer le mode de financement de notre Sécurité Sociale qui a été élaboré à une époque où l’activité était industrielle, le protectionnisme conséquent et les possibilités informatiques inexistantes pour un système adapté à notre époque et au monde dans lequel nous vivons.
La seule solution réaliste consiste à supprimer les cotisations sociales, tant travailleur que employeur, sur les revenus du travail et de faire porter ce coût sur les revenus financiers ainsi que sur la consommation. De cette manière, on réduira le coût de notre main d’œuvre, tout en ne touchant pas au net perçu, ce qui la rendra attractive et concurrentielle et ce phénomène pourra même être amplifié si on procède de même avec les impôts directs.
Le fait de taxer plus fortement les revenus financiers, et, en particulier, les intérêts, ne portera aucun préjudice à l’économie réelle et ceux qui disent que cela fera fuir les capitaux ont tout faux… Car la grande partie de ces revenus sont fournis par l’Etat au travers des intérêts sur notre énorme dette publique, ce qui, au passage, rend leur taxation particulièrement aisée.
La taxation de la consommation pourra, elle, se faire par le truchement d’une hausse de la TVA de quelques pourcents. On pourrait dire que cela défavorisera les consommateurs moins nantis mais, en prenant les bonnes mesures d’accompagnement, cela aura l’effet inverse… Il ne faut, en effet, pas oublier que la diminution du coût du travail permettra de réduire les prix de notre production tout en augmentant les rémunérations de nos travailleurs, ce qui compensera la hausse de la TVA… Seuls, donc, les produits importés seront touchés !
Contrairement à ce que certains pourraient penser, cette approche n’est pas utopique et irréaliste… Un système de ce style fonctionne actuellement au Danemark, pays où la Sécurité Sociale est d’un standard élevé et où le taux de chômage se montait, en 2009, à 1.9 % !
Qu’on arrête donc de saigner nos entreprises et de culpabiliser et pourchasser nos pauvres chômeurs qui n’en peuvent rien et qu’on s’attaque, enfin, à la vraie problématique qui est constituée par la méthode archaïque, ou « orientée », de financement de notre Sécurité Sociale et de notre Etat !
VG



